Barbecues sauvages, nuisances sonores… Autour de la plage de Bordeaux-Lac, une appropriation d’un lieu public qui exaspère les riverains

Sud Ouest | 20/07/2026

Les soirs de fin de semaine et parfois avant, les abords de la plage se transforment en pique-nique géant, parfois au mépris de la sécurité. S’ajoutent les nuisances produites par les enceintes, qui dérangent Ginko, le quartier bordelais voisin, comme des habitants de Bruges

Barbecues sauvages, nuisances sonores… Autour de la plage de Bordeaux-Lac, une appropriation d’un lieu public qui exaspère les riverains

Un samedi soir de mi-juillet, la population investit les abords de la plage de Bordeaux-Lac transformés en pique-nique et barbecue géants. © Crédit photo : A. M.-R. / SO

Bordeaux-Lac, sa plage de 3 000 mètres carrés à la baignade surveillée, pavoisée du label Pavillon bleu, que voisine un espace ombragé par les pins et feuillus sous lesquels trônent quelques tables de pique-nique. Un poumon vert au cœur d’une zone urbaine, prisé des Bordelais qui, par des temps caniculaires, trouvent là de quoi respirer un peu mieux. De son balcon culminant au 9e étage d’un des bâtiments de l’écoquartier Ginko, ce jeune couple sait le privilège de disposer d’une telle vue dégagée sur l’étendue d’eau. Mais ce samedi soir de mi-juillet, « ça va encore être difficile de dormir, si ça dure jusqu’à 3 heures du mat' comme la semaine dernière », déplore-t-il.

À l’approche de 21 heures, le thermomètre affiche encore 36 °C, et l’air suffocant se charge de décibels. À une centaine de mètres en contrebas de l’immeuble, les pelouses desséchées des abords de la plage du Lac sont noires de monde. Depuis la fin d’après-midi, des groupes de jeunes et des familles ont investi l’espace public et déballé tables, chaises et glacières pour le dîner. Malgré une interdiction actée par un arrêté municipal signé le 8 juillet, les barbecues mêlent leurs fumées aux effluves épicés. Certains enflammant le charbon à même le sol, jusqu’à embraser des bûches comme a pu le constater, « révoltée », cette habitante de Bruges qui promenait son chien en soirée au début du mois. « En pleine canicule et alerte aux incendies, il y a de quoi s’inquiéter pour les habitations à côté », déclare-t-elle. D’autant plus qu’après « avoir appelé le 17, on m’a renvoyée vers la mairie et que je n’ai pas eu de nouvelles ».

Sur un sol asséché par les canicules, les barbecues représentent un réel danger. Mais les panneaux d’interdiction de tout appareil de cuisson ont disparu de l’espace public. © A. M.-R. / Sud-Ouest

Deux arrêtés municipaux n’y font rien

L’équipage de policiers municipaux qui passe ce soir-là peu après 20 heures ne trouve toutefois rien à redire. Pas plus qu’il ne fera appliquer cet autre arrêté municipal, également du 8 juillet, interdisant « les regroupements de personnes en un même endroit du domaine public, lorsqu’ils s’accompagnent de nuisances et de troubles à l’ordre public ». Pourtant, aux cris des enfants qui s’égayent en pleine nature se mêlent les rythmes musicaux diffusés par de nombreuses enceintes portatives. Et qui, à mesure que la soirée s’étire, montent en décibels, jusqu’à « faire résonner les basses dans les appartements » environnants.

Pour cet autre habitant d’une résidence donnant sur l’avenue Marcel-Dassault, c’est « clairement une appropriation du domaine public », qui ne nous permet plus « de venir, nous aussi, profiter de cet extérieur ». Un phénomène qu’il a vu se dégrader et prendre de l’ampleur « depuis la fin du Covid ». Quand jusqu’en 2020, les Dames du Lac et leur cuisine asiatique se fondaient dans le paysage. Rien que sur cette deuxième semaine de juillet, le père de famille a constaté l’enchaînement des soirées « depuis mardi ». Et ses nombreux appels à la police municipale comme nationale n’ont pas eu d’effet. « Tout le monde se renvoie la balle », s’agace-t-il.

« Si ça ne tenait qu’à moi, je ferais fermer les lieux »

Frédéric Giro
Maire de Bruges

Car de l’avenue au boulevard Jacques-Chaban-Delmas qui lui succède, on change de commune. Une frontière géographique dont s’affranchit bien l’acoustique. Pour preuve, à l’hôtel Ibis Styles de Bruges, la musique d’ambiance du restaurant peine à couvrir les sonorités extérieures. « Rien que ce soir, déjà deux clients m’ont demandé à quelle heure ça allait s’arrêter », témoigne la responsable de l’accueil, bien embêtée. D’autant plus que les avis des clients ayant disposé d’une chambre avec vue sur le lac viennent ternir l’image de l’établissement, déprécié pour son insonorisation. « Et le double vitrage n’y fait rien », se désole la jeune femme.

« Ces terrains appartiennent à la Ville de Bordeaux »

À hauteur de rue, l’image donnée de Bordeaux n’est pas non plus reluisante. Les plots censés protéger la piste cyclable sont arrachés pour faciliter le stationnement sauvage et anarchique, au-delà même des trottoirs. Et quand tout ce monde aura regagné ses pénates, « il y aura des déchets abandonnés un peu partout ».

 

Les places de parking ne suffisant pas à contenir tous les visiteurs, le mobilier urbain est arraché pour permettre un stationnement anarchique. © A. M.-R. / Sud-Ouest

 

« Si ça ne tenait qu’à moi, je ferais fermer les lieux », assène Frédéric Giro. Pour le nouveau maire de Bruges, la plage n’engendre « que des inconvénients » dans sa commune. Or même si une partie de Bordeaux-Lac se situe bien sur les terres brugeoises, l’élu rappelle que « depuis Chaban, ces terrains appartiennent à la Ville de Bordeaux ». C’est bien pour cela qu’il a « donné pour l’été délégation à la police municipale de Bordeaux pour intervenir ». Ayant par ailleurs constaté le 20 juin dernier que son appel à la police nationale, alors que se tenait « une fête sauvage », est resté vain.

« Excédé » face à ce qu’il considère être « un état de non-droit », le maire de Bruges dit avoir écrit à la préfète. Car la perspective de dessiner de nouvelles places de stationnement, actée le mois dernier après une réunion sur site avec l’adjointe au maire de Bordeaux Géraldine Amouroux ne saurait résoudre l’entièreté du problème.

La police nationale en renfort

L’élue en charge de la sécurité, de la prévention de la délinquance, de la médiation, de la vie nocturne et de la propreté en convient, soulignant que « le problème ne date pas de cet été et n’avait pas été traité jusque-là ». Mais disposant désormais d’« outils juridiques qui n’existaient pas, nous allons pouvoir agir en bonne et due forme », annonce Géraldine Amouroux, qui évoque « la possibilité de confisquer les matériels ». Et au-delà des rappels à la réglementation, « on passera à l’étape supérieure, avec la police nationale en soutien de la police municipale, pour qui il peut être parfois difficile d’intervenir face à plusieurs dizaines, voire centaines de personnes ».

Pour l'adjointe, « l'idée n'est pas d'empêcher les gens de profiter de ce lieu magique. Mais il faut trouver un équilibre des usages. » Un point de vue partagé par plusieurs riverains, qui ne souhaitent en aucun cas que « la situation fasse la part belle aux discours extrémistes que nous ne cautionnons pas».


Auteur(s) : © Sud Ouest

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