Après le projet avorté de la Maison des danses, faute de troupe résidente, la mairie de Bordeaux fait croix sur un autre équipement culturel à Ginko. Il s'agit cette fois d'un espace municipal destiné à enrichir l’offre culturelle de l'éco-quartier. La décision, révélée par le maire de quartier Vincent Maurin, suscite la déception et l'incompréhension des riverains.
Un projet abandonné pour des raisons juridiques
Le projet envisageait l’acquisition par la ville d’un local d’environ 300 m² dans un immeuble en construction à l’angle du cours du Québec et de l’avenue André Reinson, à proximité de l’église Notre-Dame-du-Lac. Voté en conseil municipal en avril 2024. l’équipement envisageait notamment deux studios de répétition et devait servir d’espace culturel et associatif de proximité.
L’abandon du projet serait lié à des « fragilités juridiques dans le montage en vente en l’état futur d’achèvement (VEFA), liées aux aménagements préalables indispensables pour ces studios », a fini par expliquer la mairie de Bordeaux Maritime à l’Association des Habitants de l'Écoquartier Ginko (AHEG). « La mairie n'a plus de sous » – n'ont pas tardé à résumer les mauvaises langues.
L’immeuble LOJI de huit étages qui s'apprêter d'accueillir la future salle continue sa construction. Il comprendra notamment 23 logements locatifs intermédiaires – logements à loyers inférieurs aux prix du marché, situés dans des quartiers attractifs et destinés aux personnes qui ont des revenus modestes mais qui ne sont pas éligibles aux logements sociaux. Commercialisés par CDC Habitat, leur livraison est attendue pour le 3 trimestre 2026.
Un besoin d’équipements de quartier toujours exprimé
Le message est mal accueilli par les habitants. L’Association des Habitants déplore l’abandon d’un équipement qu'elle considère essentiel pour la vie locale. « Vivre ensemble et en harmonie en capitalisant sur notre mixité sociale et culturelle ne doit pas être qu’un slogan », martèle-t-elle sur sa page facebook en rappelant que ce type d’équipement existe dans plusieurs quartiers récents de Bordeaux.
La salle évoquée à plusieurs reprises lors de réunions de quartier figurait parmi des projets les plus attendus pour animer et accompagner le développement de l’écoquartier, qui comptera bientôt près de 10.000 habitants. En avril 2024, dans son discourt devant les membres du Conseil municipal de Bordeaux, le maire-adjoint du quartier Vincent Maurin défendait le projet comme un argument pour ne pas financer la conciergerie de quartier Ginko & Co qui venait de mettre la clé sous la porte.
Des solutions alternatives
Face à la grogne, la mairie de Bordeaux assure d'« explorer d’autres pistes » pour répondre aux besoins associatifs du secteur. Parmi les solutions évoquées figure le recours au Centre d’Animation Sarah Bernhardt, déjà implanté dans le quartier ou le Collège du Lac, disposant de salles de réunion.
Les locaux de la jeune association Philia, installée place Cayrol depuis novembre 2025, pourraient également combler le vide : l’association propose des espaces pour différentes activités et se positionne comme café solidaire et lieu de rencontre de proximité.
Le projet d’une médiathèque qui pourrait voir le jour dans les Aubiers à proximité de l’arrêt de tram ou au croisement de l’allée de Boutaut et de l’avenue de Laroque, est également évoqué. Selon les études, le nouveau bâtiment devrait remplacer la bibliothèque du Lac à l’horizon 2030.
Ces solutions ne répondent toutefois pas entièrement aux définitions d’une vie culturelle de quartier. Quant au projet de médiathèque, s’il devait se concrétiser, elle serait tout simplement en dehors du périmètre de Ginko – il ne s'agira pas, à proprement parler, d'un lieu dédié aux habitants du quartier.
Un enjeu pour le débat municipal ?
Dans le contexte des prochaines élections municipales à Bordeaux, l'AHEG fait part d'avoir réitéré sa demande d'une salle culturelle et associative auprès de tous les candidats aux élections municipales.
D'autant plus qu'un autre projet du quartier - la (re)végétalisation de la place Cayrol, attendu depuis 2025 – avait lui-aussi été suspendu sine die. Une raison différente, cette fois purement financière, aurait été évoquée pour cette Phase 2 estimée à près de 600.000 euros : une coupure budgétaire, sans toutefois être formellement confirmée.
« La mairie est-elle en train d’abandonner Ginko ? » - a interrogé les élus un des riverains de l'église il y a un mois. Son email est resté sans réponse.
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